Carrefour et l'univers impitoyable du libéralisme

Date: 
Me, 24/02/2010

Le Parlement wallon ne pouvait faire l’impasse, ce mercredi sur la décision de Carrefour de se défaire d’un certain nombre de magasins et de supprimer au moins 1750 emplois directs (sans compter la perte d’emplois indirects, des conditions salariales moins intéressantes pour les employés conservant leur emploi en cas de changement de commission paritaire, etc.).

Aux questions de la Députée PS Olga Zrihen et d’autres, Jean-Claude Marcourt et André Antoine ont répondu comme ils le pouvaient, en rappelant les initiatives de concertation, la pression sur la Direction de Carrefour, les plans de reconversion, etc., etc.
Jean-Claude Marcourt n’a pas manqué de le souligner : ce dossier touche plus particulièrement des femmes qui constituent la majorité des personnes employées dans ces magasins.

Et il a ajouté : « Au niveau économique, des erreurs stratégiques ont conduit à cette situation. Pourtant, d'autres grands groupes gagnent des parts de marchés, avec des positionnements qui sont mieux reconnus comme ceux de Delhaize et de Colruyt.

Pourquoi Carrefour, qui était la première chaîne de distribution, est-elle passée aujourd'hui à la troisième position ? Cette erreur stratégique, ce sont les travailleurs qui vont la payer, et non les dirigeants qui sont partis ailleurs.»

Une erreur stratégique, mais aussi, comme cela a été rappelé à plusieurs reprises ces derniers jours, des erreurs d’appréciation quant aux enjeux commerciaux, des cadres belges remplacés par des managers français un rien méprisants vis-à-vis de notre système concertation sociale et du rôle des organisations syndicales, une mauvaise gestion des ressources humaines, etc.

ET ce ne sont évidemment pas les coûts salariaux qui sont en cause !

Les réponses ministérielles ne pouvaient que laisser un goût de trop peu au point que qu’Olga Zrihen n’a pu s’empêcher de conclure en ces termes : « Je remercie Messieurs les Ministres pour leurs réponses, qui ne peuvent que laisser chacun dans un état assez dépressif… »

Communiqué de presse de la FGTB (24.02.10)

" Le monde du travail est encore en deuil. La FGTB souhaite marquer sa solidarité et sa sympathie à l’égard de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs touchés par la nouvelle catastrophe sociale dont ils sont, une fois de plus, les victimes.

Après Inbev et Opel, ce nouvel épisode du sordide feuilleton «Libéralisme, ton univers impitoyable» illustre à nouveau les mêmes sempiternelles dérives : absence de politique commerciale digne de ce nom et/ou logique financière guidée par le profit.

Ainsi, la décision de Carrefour de faire passer les travailleurs qui auront le «privilège» de rester dans une commission paritaire moins avantageuse avec des conditions salariales encore moins bonnes est tout à fait indécente, a fortiori quand l’on sait que les bonus de certains dirigeants ne seront encadrés qu’à partir de 2013.

Notons, par ailleurs, que la Belgique est intéressante pour le groupe Carrefour quand il est question d’ingénierie fiscale, beaucoup moins quand il s’agit d’emplois. En effet, via son centre de coordination en Belgique, le groupe bénéficia d’aides publiques pour un montant de 129.373.328 euros (année 2008).

En outre, cette nouvelle mise en danger de l’emploi vient remettre l’accent sur deux des préoccupations de la FGTB. Il s’agit, d’une part, du contrôle de disponibilité des chômeurs. Et l’on pense aux travailleurs qui, parmi les 1.672, risquent de faire l’objet de licenciements secs : devront-elles/ils aller se justifier et expliquer pourquoi ils ne trouvent pas du travail ?!

On pense, d’autre part, aux temps partiels, très nombreux dans ce secteur et chez Carrefour, avec 10.900 travailleurs sur un total de 15.698 pour le groupe Carrefour Belgique. Ces temps partiels sont surtout prestés par des femmes qui feront les frais de ces restructurations avec, à la clé, des allocations de chômage ridiculement basses (le chômage étant calculé, ne l’oublions pas, sur base du salaire).

La FGTB suivra l’évolution de la situation avec la plus extrême attention. Elle exige un geste politique fort et réclame, une nouvelle fois, que toute aide publique soit désormais conditionnée au maintien et à la création d’emplois."

A relever également: les propositions de loi des députés socialistes Alain Mathot, Marie Arena et Camille Dieu visant à lier les avantages fiscaux et les aides publiques à l’embauche, à des conditions de création ou de maintien de l’emploi.

J.G., le 27 février 2010



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Agenda

  • 30-03-2012

    Ce vendredi 30 mars 2012, j’ai participé à la « mise au vert » studieuse et conviviale du Cabinet de notre ministre wallonne de l’Action sociale, de la Santé et de l’Egalité des chances, Eliane Tillieux.

    Tous les membres du Cabinet étaient présents, quel que soit le rôle de chacun, pour participer à des groupes de travail sur des questions d’envergure : quelle politique transversale plutôt que sectorielle ? Quelles alternatives à l’hébergement ? Quel pacte intergénérationnel ? Etc.

    Ces thèmes sont déjà, faut-il le dire, au cœur de l’action ministérielle mais il était important de mobiliser toutes les équipes du Cabinet pour pousser la réflexion plus loin, en présence de notre ministre et sous la houlette de Françoise Lannoy, chef (« cheffe » n’est pas le terme officiel dans nos gouvernements) de cabinet...

  • 19-03-2012

    Ce lundi 19 mars 2012, au Cabinet d'Eliane Tillieux, la ministre wallonne de l'Action sociale, de la Santé et de l'Egalité des chances, réunion de travail avec la ministre, ses conseillers et Benoît Bayenet, "le" spécialiste des questions institutionnelles et des lois de financement.

    L'occasion d'un débat sur la régionalisation de nouvelles compétences (en matière de soins de santé, d'emploi, et d'allocations familiales...) pour plus de cohérence et d'efficacité dans les politiques!

A votre bonne attention

  • Le best-seller surprise qui secoue la Flandre enfin traduit en français

    « Comment osent-ils ? La crise, l’euro et le grand hold-up » de Peter MERTENS (président du PTB) en collaboration avec David Pestieau, avec une préface de Dimitri Verhulst (Auteur de La merditude des choses). Quelques syndicalistes l’ont déjà lu et vous le recommandent.

    « Peter Mertens, comme nous, a raison de s’étrangler d’indignation dans son livre sur “La crise, l’euro et le grand hold-up”. (…) Oubliés le sauvetage des banques, les causes de l’endettement et de la crise. Ils ont réussi a retourner la situation et ils essaient maintenant de nous convaincre que tout cela, c’est notre faute : on gagne “trop”, notre sécu est “trop généreuse”, nos pensions “impayables”, nos services publics “pléthoriques”, nos chômeurs “paresseux”. (…)

  • Je lis sur ma page d’accueil Facebook les témoignages de Renée Gaspard, Patrick Davin, Gaston Blanchy, Jean-Claude Marcourt, Jean-Pierre Alexandre, Nathalie Bailly, André Brunelle, Christelle Thomas et de tant d’autres.

    Que dire encore ? Nos pauvres mots ne peuvent pas suffire devant ce terrible drame et tant de souffrance…

    Nous ne pouvons qu’exprimer notre révolte mais aussi notre empathie, notre solidarité. Au moins, elles n’ont pas de frontière même linguistique !
    J.G., 14 mars 2012

  • Quand j'ai imaginé mon site, j'ai vu trop grand, bien trop grand. Trop de rubriques et un peu de tout!

    Mes chroniques vont reprendre, à mon rythme, bien entendu...

    J. Gennen, 8 mars 2012

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